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Les contes du canal

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Les contes du canal

Une série de contes, réunis par le même univers : un quartier de ville au bord d’un canal et par le retour de personnages : un « petit peuple »
Les thèmes font écho à notre aujourd’hui mais la saisie est décalée et évoque tendresse et bienveillance.

Le chant du canal

Il y a des jours où l’eau du canal se tait, et puis des jours où elle s’écoule et chante, et personne ne l’entend, et d’autres où un musicien se penche sur l’eau – il s’appelle Samuel, – il écoute et il emporte en lui ce chant doux et léger de fin silence. Samuel est ami avec Léa, la libraire et son ami Tonin, le peintre. Tous les trois sont assis ensemble en terrasse, chez Momo. Ils ont courbé le dos et rapproché leur trois têtes, quand Momo arrive : « Qu’est-ce que vous complotez ? » Ils relèvent tous la tête...

Les abandonnés

Madame André est fatiguée. Elle disparaît dans son fauteuil, devant la porte-fenêtre, donnant sur le balcon, le ciel. Elle reste la tête en arrière, yeux fermés. Mais un bruit attire son attention. Comme un frottement. C’est quoi ? Oh ! Un chat ! Un petit chat noir, tout fin. « Minou … Tu es tout seul ? … Viens … » Elle a à peine tourné la poignée de la porte que l’animal s’est enfui. C’est rare, mais il arrive que Léa propose un spectacle, dans sa péniche-librairie, en début de soirée. Elle accueille les gens du quartier du canal. « Bonjour, mon...

Pour une fleur

Léa et Tonin marchent l’un près de l’autre, sur le bord du canal. Parfois, le rire de Léa fit concurrence à celui des mouettes qui tournent au-dessus de l’eau, verte. Tonin est souvent désopilant. Il voit la vie comme il la peint, légère, et différente. Toujours il garde le meilleur, les impressions heureuses. Sa parole est jardin, où Léa aime circuler. Ils approchent du café de Momo. Le soleil est sorti, encore pâle, mais prometteur. Le regard de Léa se pose sur les tables, dont Momo a changé la disposition, ce jour, devant le café. « Tu as vu, dit-elle à...

Vers la mer

Léa a fermé à clef – double tour – la porte d’entrée de sa péniche-librairie et elle va s’asseoir sur un banc, tout près, au bord du canal. Il fait bon. Elle a étiré ses jambes devant elle et les laisse reposer au sol, sur les talons. Et elle dépose aussi ses bras, comme de lourdes charges, de chaque côté du corps. Elle soupire, fatiguée. Elle a les yeux fermés. Elle se concentre sur le cri des mouettes. Tonin a encore les mains pleines des couleurs de ses pinceaux, mais il a eu besoin du dehors et il est sorti...

Ont-ils des ailes ?

La maman de Miyo a refermé le livre. Le livre d’images que Léa, la dame de la péniche-librairie, a donné à l’enfant. Il doit dormir à présent. Il est couché sur un matelas, posé à même le sol. Mais le sourire maternel est une maison protectrice. Et Miyo ferme les yeux, tranquille. Miyo entend le bruissement des voix entrecroisées de sa maman et de sa Néné, la grand-mère, et il part, lentement, dans le grand bateau du sommeil. Il dérive avec, dans la tête, les images du beau livre : une bande d’oies sauvages, noires et blanches, qui traversent le...

Le rameau vert

Il descend, tête baissée, les marches d’escalier en bois du vieux bâtiment dans lequel il habite. Il va acheter son pain, à la boulangerie proche. Arrivé au rez-de-chaussée, de manière automatique, il regarde dans sa boîte aux lettres, même s’il sait que le facteur n’est pas encore passé. « M. Samuel Lévy ». Rien dedans, évidemment. Il ouvre la lourde porte métallique et sort, le nez sur le trottoir. Ses lèvres marmonnent une prière. Il est sorti de son café : « Chez Momo », un torchon dans les mains. Il le passe sur les quelques tables, à l’extérieur, soigneusement....

La fleur et la souris

L’ascenseur est tellement étroit ! On y tient à peine à deux. Il n’avait pas été prévu, à l’origine, dans ces vieux immeubles. Elle traverse un long couloir avec de grandes fenêtres donnant sur une cour intérieure. Les portes se succèdent, les unes après les autres. Voici la bonne : « Madame Simonette André. » Elle sourit déjà, et sonne. Aussitôt la porte s’ouvre et elle est là, devant elle. « Ma petite Moune ! » Elle tombe dans ses bras. Elle fait un pas en arrière et la regarde : il lui semble qu’elle est chaque fois plus petite,...

Petit myosotis

Elle est sortie du bâtiment où elle habite, au bord du canal. C’est un jour de novembre gris. Elle marche le long de l’eau, dans une brume fraîche qui sent déjà l’hiver. Elle n’est pas assez couverte. Ah ! Son goût des robes larges et colorées, ondulant autour de son corps de sirène en sabots. Ses cheveux noirs, crépus, flottent autour de ses joues rondes. L’eau lui semble verte aujourd’hui.   Le long du canal, à intervalles réguliers, des bancs sont à disposition des passants qui, à cette heure et en cette saison, ne s’assoient pas. Pourtant, sur le banc qui...

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